ahlesconsilscontinuent"Les caricatures du prophète Mahomet constituent un véritable délit d'expression de la haine raciale". Voilà ce que déclarait à la presse, ce vendredi, le "modéré" Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, et président, bien que minoritaire, du Conseil Français du Culte Musulman.

Quelques candides ne cachent pas leur désarroi devant le fait que Boubakeur soit au coude-à-coude avec les Frères musulmans de l'UOIF et la Ligue islamique mondiale, pour attaquer la liberté d'expression, en France, devant les tribunaux.

Mais quand ce "bon" monsieur Boubakeur a-t-il mené un combat progressiste, en France? Lors de la fatwa prononcée contre Salman Rushdie par Khomeiny, le 14 février 1989, approuvait-il la fatwa, ou bien défendait-il l'écrivain menacé de mort?

Lors des manifestations homophobes contre le Pacs, en 2000, orchestrées par Christine Boutin et Villiers, était-il du côté des organisateurs, soutenus par Lustiger et le rabin Sitruk, ou bien défendait-il le droit, pour des citoyens, de mener une vie différente du schéma familial classique ?

Boubakeur n'était-il déjà pas aux côtés de la Ligue islamique mondiale, pour tenter de faire condamner l'écrivain Michel Houellebecq, pour délit de blasphème. Les censeurs, qui étaient accompagnés dans leur démarcher par la Ligue des Droits de l'Homme (bravo Tubiana !) avaient déjà mordu la poussière.

Certains nous diront que lors du débat sur la laïcité, en France, et du vote de la loi du 15 mars 2004, Boubakeur a été beaucoup plus modéré que l'UOIF, qui était prête à aller à l'épreuve de forces avec les gouvernement et les chefs d'établissement, à la rentrée de septembre.

Mais force est de constater, au-delà de leurs nuances sémantiques, que ce sont les principales composantes du Conseil Français du Culte Musulman qui poursuivent Charlie Hebdo devant les tribunaux.

A quoi sert ce "machin", si ce n'est à donner une respectabilité aux intégristes musulmans, en France? Notre ami Mohamed Sifaoui, le 9 décembre dernier, à Lyon, rappelait que, lors de sa création, à l'occasion des premiers entretiens, le ministre de l'Intérieur de l'époque avait exigé qu'en préambule, figure une phrase reconnaissant le droit, pour tout musulman, de changer de religion, ou de se déclarer athée. Rappelons que dans le Coran, ce fait est passible de mort. Que croyez-vous qu'il arrivât ?

Unies, les organisations religieuses refusèrent ce préambule, et le gouvernement recula. La messe était dite, et de Chevènement à Sarkozy en passant par Vaillant, on alla de reculs en reculs.

Depuis que Sarkozy est au ministère de l'Intérieur, chacun est dans son rôle. Le candidat de l'UMP a dit clairement qu'il voulait toiletter la loi de 1905, en s'appuyant sur la victimisation du discours des chefs religieux musulmans. Boubakeur, fidèle au principe du double discours (takia) joue les modérés, tout en utilisant le discours radical de l'UOIF pour exiger de nouvelles concessions à la République.

L'ennemi commun de l'UMP et des islamistes ? La laïcité, bien sûr, et surtout sa loi du 9 décembre 1905, article 2 : aucun financement des cultes n'est légal.

Certes, sur le terrain, de plus en plus de maires, UMP, UDF, PC ou PS contournent cela, soit en violant délibérément la loi, soit en utilisant l'artifice des bails emphytéotiques, c'est-à-dire céder pour un loyer modéré, pour parfois un siècle, un terrain municipal à une association religieuse, qui y construit son Eglise, et surtout des mosquées.

Le problème, c'est que parfois, comme à Roubaix ou à Montpellier, il se trouve des tribunaux administratifs pour condamner ces pratiques, et que les Eglises comptent sur Sarkozy et son toilettage pour en finir avec ces mauvaises surprises.

En poursuivant Charlie Hebdo devant les tribunaux, pour délit de blasphème maquillé en délit raciste (ont-ils pris Mouloud Aounit comme conseiller ?), Boubakeur et l'UOIF maintiennent une pression sur l'ensemble de la société française. S'ils gagnent, ils auront, pour le plus grand plaisir de l'Eglise catholique et des autres dogmes religieux, enfoncer un coin important contre la liberté d'expression et le droit à la libre critique de tous les dogmes.

S'ils perdent, ils sauront utiliser cette défaite pour tenir un discours victimaire, se plaindre de la société française et de ses méchants laïques, en espérant que leurs larmes leur vaudront des contre-parties, en terme de financement de mosquées ou de futures écoles religieuses.

Ils savent qu'ils sauront trouver dans l'actuel ministre de l'Intérieur une oreille compatissante si demain, par malheur, il était élu à l'Elysée. L'UMP a envoyé tous les messages politiques possibles aux islamistes, pour les encourager à continuer leur offensive contre la laïcité.

Le défenseur de tous les affairistes UMP, président de la République en tête, Francis Spizner, plaidera pour Boubakeur contre Charlie Hebdo.

L'Union des Associations Musulmanes du 93 a fait une manifestation parisienne, début 2006, protestant contre les caricatures. Les députés UMP Raoult et Roubaud ont déposé des propositions de loi réintroduisant le délit de blasphème en France.

Le député UMP Grosdidier a demandé à ce que la religion musulmane bénéficie des mêmes avantages, en Alsace-Moselle, que les religions catholiques, protestantes et juives (les laïques sont favorables à l'abrogation du concordat d'Alsace-Moselle).

Enfin, Nicolas Sarkozy a fait plancher ses amis de la commission Machelon, qui ont servi un projet sur mesure pour Boubakeur et l'UOIF : transformer la France en concordat d'Alsace-Moselle, et obliger les élus locaux à financer la construction des cultes, dont les mosquées.

Certes, le Parti socialiste, par un texte d'Eric Besson, a dénoncé la collusion de Sarkozy avec les organisations musulmanes, pour remettre en cause les principes laïques. Mais ce parti, comme d'ailleurs le Parti communiste (ne parlons pas des Verts et de la LCR), serait bien plus crédible si nombre de ses dirigeants n'avaient, depuis longtemps, contourné les principes laïques, qu'ils n'utilisent plus que comme un argument de campagne.

Sur le fond, nombre de socialistes et de communistes n'ont pas le courage de dire qu'ils sont sur les mêmes positions que Sarkozy, tandis que sur le terrain, des maires de gauche bafouent quotidiennement les principes laïques, rendant encore plus exemplaires le comportement des vrais résistants laïques, qui ont la République chevillée au corps.

Voilà le contexte dans lequel va se dérouler le procès de Charlie Hebdo.

Il faut d'abord que les islamistes, et avec eux tous les cléricaux qui les soutiennent discrètement, perdent ce procès.

On s'en fout, comme le font remarquer certains grincheux, que Val ait fait campagne pour le "oui" au TCE, et même qu'il se soit comporté parfois comme un gros bourrin avec les partisans du non, dont nous étions. Les enjeux sont ailleurs, c'est liberté d'expression et laïcité contre retour du délit de blasphème et obscurantisme. Pas de sectarisme diviseur sur de tels enjeux, nom de Dieu !

Nous serons donc derrière Charlie Hebdo, les 7 et 8 février prochains (lire renseignements ci-dessous). Nous serons également les 10 et 11 février prochains, à Montreuil, derrière les laïques et les féministes qui subissent, partout dans le monde, de Varsovie à Téhéran, les agressions cléricales contre leurs libertés. Et c'est avec plaisir que nous entendrons Philippe Val, qui a été de tous les combats contre tous les obscurantismes religieux (se faisant même éclater la tête par des intégristes catholiques, suite à un débat télévisé), dans la dernière table ronde, avant la conclusion de Jean-François Kahn.

Et bien sûr, nous serons de tout coeur avec les femmes et les démocrates portugais, qui, ce dimanche 11 février, pourront, par les urnes, gagner le droit à l'avortement, malgré la campagne agressive de l'église catholique.

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Source : Respublica n°509