contrefeusacreDepuis qu'une plainte a été déposée par trois commissaires de l'islam politique contre les mécréants de Charlie Hebdo, un constat doit être fait qui signe une première victoire des continuateurs de Torquemada : transformer en victimes ingénues les partisans du retour du délit de blasphème. L'objet du délit : la reproduction dans Charlie Hebdo, le 8 février 2006, de deux des douze caricatures de Mahomet publiées d'abord dans un quotidien danois. L'accusation : "injures publiques à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur religion". On savait les fanatiques peu disposés à l'humour, leur plainte confirme leur piètre jugement : ce sont les deux meilleurs dessins qui sont attaqués (le turban explosif de Mahomet et la rupture du stock de vierges pour des djihadistes dépités autant qu'explosés) ainsi que la joyeuse couverture de Cabu qui présentait les intégristes comme des "cons". L'enjeu du procès sera-t-il de nier que les intégristes sont des cons ou d'interdire de le dire publiquement ? Quoiqu'il en soit, ils le resteront selon une jurisprudence établie par Georges Brassens : "quand on est con, on est con" (dans Le temps ne fait rien à l'affaire).

Au sein de la sainte trinité effarouchée par la libre moquerie de l'islam, trônent la Mosquée de Paris, la Ligue Islamique Mondiale et l'Union des Organisations Islamiques de France. Les deux premiers acolytes ne sont pas des novices : leur plainte contre Michel Houellebecq en 2002 leur avait chauffé les fesses par une mémorable déculottée. Au cours de cette leçon exemplaire sur la laïcité et la liberté d'expression, Dalil Boubakeur, qui s'était trompé d'époque, avait clamé que "la liberté d'expression s'arrête là où elle peut faire mal". La Ligue Islamique Mondiale fait, elle, dans la finance et la propagande : pour financer une mosquée (comme à Evry, Mantes-la-Jolie et Lyon) ou grouper des potes afin d'exporter la beauté du wahhabisme, contacter le bureau de la Ligue à La Mecque. Mais la Mosquée de Paris et la Ligue Islamique Mondiale sont de mauvais élèves et elles redoubleront les 7 et 8 février à la 17e Chambre du Palais de Justice de Paris face à Charlie Hebdo. A leurs côtés un troisième cancre, l'UOIF, qui peine à comprendre quelques principes essentiels : son président avait déclaré en 2003 que "le Coran est notre constitution". Pourtant, l'UOIF fait des efforts, soigne son look et joue même les pompiers pour passer au journal de 20h. Ainsi, lors des émeutes de novembre 2005, les plus futés de l'UOIF avaient pondu une fatwa-marketing pour assurer que l'islam, c'est sympa, moderne, et utile à l'ordre public. Dans ce texte qui appelait au calme dans les banlieues, l'UOIF se référait, la main sur le coeur, à des versets coraniques prônant le djihad et fustigeant des fauteurs de troubles qui y sont... juifs !

Après la condamnation en première instance et la relaxe en cassation des stylistes Marithé et François Girbaud ayant exploité une représentation féminine de la Cène pour leur boutique, les 7 et 8 février auront valeur de test. La condamnation de Charlie Hebdo serait l'agenouillement, en direction de La Mecque ou Rome, devant des fanatiques empêtrés dans des mythes archaïques et intolérants. Elle signerait la fin du libre examen des religions comme, par extension, de toutes les croyances et opinions. L'individu serait alors réductible à ses opinions. Pas un instant cette issue n'est envisageable, pas un instant la garde ne doit être abaissée face à des obsédés du concept de Dieu dont la religiosité et la frustration reposent sur une stricte hiérarchie des individus avec le bâton qui l'accompagne : d'abord la divinité, ensuite le prophète, puis l'homme croyant, la femme croyante, l'adepte d'une des deux autres religions dites "du Livre", l'adepte d'une religion encore différente, et, enfin, l'incroyant. Contre cela, une seule forme de résistance : le blasphéme.

Jocelyn Bézecourt co-auteur avec Gérard da Silva de "Contre Benoît XVI. Le Vatican, ennemi des libertés"
Editions Syllepse 2006
www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_297-Contre-Benoit-XVI.html


Source : Respublica n° 509