mosqueeparisEdifiée pour rendre hommage aux dizaines de milliers de soldats musulmans morts " pour la France " durant la Première Guerre Mondiale, la Mosquée de Paris, de 1922 à 1926, est construite aux frais de l'Etat, ne l'oublions pas. Lorsque Edouard Herriot, fervent laïque, est interrogé à la Chambre des députés, il ne cesse à cette époque de défendre cet hommage à rendre aux amis musulmans parce qu'il différenciait l'aspect culturel de l'aspect politique. S'il se battait contre le cléricalisme notamment en Alsace et en Moselle parce qu'il s'opposait à l'instrumentalisation politique de la religion, à la quête du pouvoir par Dieu, en revanche il n'avait rien contre la religion et la culture musulmanes.

La Mosquée de Paris a connu des jours plus tolérants qu'aujourd'hui. Pendant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, elle servait de lieu de résistance pour les musulmans vivant en France mais également pour de nombreuses familles juives.

Comment peut-on oublier à ce point son histoire ? Comment la Mosquée de Paris peut-elle faire des procès à des laïques qui, en d'autres temps, ont voulu et permis son existence ?

Bien sûr ceci est une autre histoire ; à cette époque, la France se devait en quelque sorte d'avoir des gestes de sympathie envers " ses frères musulmans ". Mais l'important à retenir c'est l'intelligence qui consiste à ne pas faire d'amalgame, à savoir distinguer.

En son temps, Edouard Herriot a su distinguer le cléricalisme, la quête du pouvoir par la religion d'un côté et la culture, la foi d'un autre côté. Aujourd'hui, la Mosquée de Paris devrait savoir distinguer, d'un côté, l'humour, l'esprit critique, la liberté d'expression d'un journal envers des intégristes assassins (n'oublions pas qu'il s'agit de se moquer de fanatiques religieux qui appellent au meurtre) et de l'autre, des propos racistes envers une communauté religieuse (Charlie Hebdo n'insulte pas gratuitement l'ensemble des musulmans).

Question du jour : représenter, qui plus est de manière caricaturale, le prophète est interdit selon ces musulmans. Moi, selon mes convictions philosophiques et spirituelles, cueillir des coquelicots est interdit, est-ce que quelqu'un s'en soucie ? Certes mes convictions ne sont pas représentées par l'une des trois religions monothéistes, et alors ? Existe-t-il une hiérarchie des convictions ? Que deviendrait notre quotidien, nous laïques, si nous devions désormais nous mettre à respecter toutes les règles et interdits de toutes les religions ?

Audrey Baudeau


Source : Respublica n° 513