ldh1petitEn réponse à M. Dubois, président de la ligue des droits de l'homme, à propos de son intervention au sujet du procès fait à l'hebdomadaire satirique Charlie-Hebdo - au combien nécessaire pour contrer l'uniformisation des pensées chère à notre modernité - je souhaiterai mettre en avant ses nombreuses antinomies.

Si il est vrai que M. Dubois critique, en liminaire, le procès contre l'hebdomadaire, il poursuit curieusement son argumentation en précisant qu' "on ne saurait dénier dans son principe le droit de personnes s'estimant injuriées à saisir un juge indépendant : sauf à proclamer une totale impunité, il est non seulement licite mais normal que l'accès à la justice soit ouvert à tous, qu'il s'agisse de partis, de syndicats, d'instances religieuses ou d'associations". Ainsi, en quelques phrases, M. Dubois affirme tout et son contraire, si le procès en diffamation est inutile au nom de la liberté d'expression, j'ai du mal à comprendre comment, par une opération de passe passe sémantique, et douteuse, le dît procès devient justifié au nom de la même liberté d'expression, qui aurait alors été bafouée par les caricatures. Nous marchons sur la tête... Avec de telle prise de position, on joue le jeu des intégristes qui mieux que quiconque, et cela quelques soient les thèses prônées sous toutes les latitudes, instrumentalisent les failles de l'Etat de droit. Alors, il est aisé d'avoir recours à des procédures judiciaires, à l'instar des pays anglosaxons, pour défendre des idées intolérantes et ceci au nom de la tolérance - Rousseau et Voltaire doivent se retourner dans leurs tombes. Aussi M. Dubois poursui-t-il en rappelant que : "la LDH, qui désapprouve les poursuites intentées à Charlie Hebdo, ne saurait quant à elle dénier aux plaignants le droit d'avoir déposé plainte" ; je suis tenté de lui demander mais porter plainte pourquoi, vu qu'il n'y a eu que libre exercice de la liberté d'expression. La lecture du numéro de Charlie Hebdo concerné n'est pas plus choquante qu'a due l'être celle du numéro ayant suivi la mort de Jean Paul II pour les catholiques et, à ce que je sache, il n'y pas eu de croisade cléricale à l'encontre du journal, même si certains représentants de l'Eglise ont critiqué la façon dont avait été malmené le feu Pontife.

Dans cette optique, le président de LDH rappelle que : "certaines des caricatures en cause étaient non seulement blessantes mais de nature à alimenter des amalgames injustes et discriminatoires", ceci est aussi équivoque que d'assimiler l'ensemble des musulmans à des inégristes. Ou alors, nous devons admettre, dans nos sociétés occidentales et laïques, que l'autocritique n'a plus cours et que l'humour doit être mis à l'index comme au temps de la sainte Inquisition ; dans ce cas, comment parler de liberté d'expression car l'humour n'est pas la calomnie mais une manifestation du progrès. M. Dubois vous me semblez d'une naïveté inquiétante et facilement exploitable - probablement issue d'une éducation judéo chrétienne - par ceux que vous comptez aider aujourd'hui qui n'hésiteront pas à se retourner contre vous lorsqu'ils estimeront que cela servira leur cause, à savoir celles de l'intégrisme et de l'intolérance. En guise de conclusion, vous accusez Charlie Hebdo de provocation incontrolée donc condamnable, je n'en suis pas certain. En effet, la satire est son fond de commerce et, dans l'absolu, personne n'est obligé de lire ce type de presse sauf à vouloir s'autoflageller. Dernier point qui me semble également curieux, c'est votre incompréhension du monde actuel lorsque vous ne cessez d'évoquer le choc des civilisations - qui n'est autre qu'une vue de l'esprit de Samuel Huntington - pour légitimer le recours en justice à l'encontre de l'hebdomadaire. Mettre en avant ce type d'argument cautionne tous les extrémismes, ausi bien celui des néo faucons américains que celui des intégristes musulmans de tous bords.

Nicolas Prognon Enseignant


Source : Respublica n° 513