20 février 2007
Les errements actuels de la mosquée de Paris (par Audrey Baudeau)
Edifiée pour rendre hommage aux dizaines de milliers de soldats musulmans morts " pour la France " durant la Première Guerre Mondiale, la Mosquée de Paris, de 1922 à 1926, est construite aux frais de l'Etat, ne l'oublions pas. Lorsque Edouard Herriot, fervent laïque, est interrogé à la Chambre des députés, il ne cesse à cette époque de défendre cet hommage à rendre aux amis musulmans parce qu'il différenciait l'aspect culturel de l'aspect politique. S'il se battait contre le cléricalisme notamment en Alsace et en Moselle parce qu'il s'opposait à l'instrumentalisation politique de la religion, à la quête du pouvoir par Dieu, en revanche il n'avait rien contre la religion et la culture musulmanes.
La Mosquée de Paris a connu des jours plus tolérants qu'aujourd'hui. Pendant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, elle servait de lieu de résistance pour les musulmans vivant en France mais également pour de nombreuses familles juives.
Comment peut-on oublier à ce point son histoire ? Comment la Mosquée de Paris peut-elle faire des procès à des laïques qui, en d'autres temps, ont voulu et permis son existence ?
Bien sûr ceci est une autre histoire ; à cette époque, la France se devait en quelque sorte d'avoir des gestes de sympathie envers " ses frères musulmans ". Mais l'important à retenir c'est l'intelligence qui consiste à ne pas faire d'amalgame, à savoir distinguer.
En son temps, Edouard Herriot a su distinguer le cléricalisme, la quête du pouvoir par la religion d'un côté et la culture, la foi d'un autre côté. Aujourd'hui, la Mosquée de Paris devrait savoir distinguer, d'un côté, l'humour, l'esprit critique, la liberté d'expression d'un journal envers des intégristes assassins (n'oublions pas qu'il s'agit de se moquer de fanatiques religieux qui appellent au meurtre) et de l'autre, des propos racistes envers une communauté religieuse (Charlie Hebdo n'insulte pas gratuitement l'ensemble des musulmans).
Question du jour : représenter, qui plus est de manière caricaturale, le prophète est interdit selon ces musulmans. Moi, selon mes convictions philosophiques et spirituelles, cueillir des coquelicots est interdit, est-ce que quelqu'un s'en soucie ? Certes mes convictions ne sont pas représentées par l'une des trois religions monothéistes, et alors ? Existe-t-il une hiérarchie des convictions ? Que deviendrait notre quotidien, nous laïques, si nous devions désormais nous mettre à respecter toutes les règles et interdits de toutes les religions ?
Audrey Baudeau
Source : Respublica n° 513
08 février 2007
Face à «Charlie», la Mosquée sur la défensive
Vendredi, elle justifiait sa plainte à quelques jours du procès des caricatures.
Par Catherine COROLLER
En poursuivant Charlie Hebdo pour avoir publié en février 2006 des caricatures du prophète Mahomet, la Mosquée de Paris prenait un risque. Celui de passer pour un adversaire de la liberté d'expression. A quelques jours du procès, les 7 et 8 février à Paris, Dalil Boubakeur, son recteur, s'est appliqué vendredi à justifier cette action. «La position de la Grande Mosquée de Paris ne relève en aucun cas de l'intégrisme», a-t-il affirmé, ajoutant qu'il n'est «évidemment pas hostile à la liberté de la presse et à la liberté d'expression», et «nullement pour le rétablissement de la censure».
Preuve de sa bonne foi, la Mosquée de Paris n'attaque pas les dix caricatures publiées par l'hebdomadaire, mais deux seulement. Celle montrant Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe, et celle le représentant bras ouverts sur un nuage, accueillant des terroristes venant de se faire exploser, par ces mots : «Stop ! Stop ! We ran out of virgins !» («Arrêtez ! Arrêtez ! Nous sommes à court de vierges !») «Nous admettons que l'on puisse caricaturer le Prophète, ça n'est pas ça qui est en cause, mais nous refusons cette agression raciste contre les musulmans», explique Francis Szpiner, l'avocat de la Mosquée. «Représenter Mahomet coiffé d'une bombe c'est dire à tous les musulmans et pas seulement aux intégristes : "Vous adorez un prophète vecteur d'attentats, de mort, de destruction, donc vous adorez la violence"», ajoute Boubakeur. Outre ces deux caricatures, publiées à l'origine par le journal danois Jyllands Posten, la plainte de la Mosquée de Paris en vise une troisième, oeuvre de Cabu, parue en une de Charlie Hebdo avec la légende «C'est dur d'être aimé par des cons». Egalement parties civiles dans cette affaire, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Ligue islamique mondiale.
Dans le camp de Charlie Hebdo, on entend faire de ce procès celui de la «liberté et de la laïcité». Richard Malka, avocat du journal, a prévu de faire citer treize témoins dont François Bayrou, François Hollande, la philosophe Elisabeth Badinter, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, le réalisateur Claude Lanzmann, et Taslima Nasreen, écrivain originaire du Bangladesh, qui a fui son pays après avoir été l'objet de menaces des islamistes.
Source : Libération du 8 février
07 février 2007
La Mosquée de Paris contre Charlie Hebdo
Le procès opposant la Mosquée de Paris à l'hebdomadaire satirique doit s'ouvrir mercredi. Charlie Hebdo est poursuivi pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet.
Mercredi 7 février doit s'ouvrir le procès opposant la Mosquée de Paris à Charlie Hebdo. L'hebdomadaire avait publié, le 7 février 2006, dix caricatures du prophète Mahomet provenant d'un quotidien danois, le Jylland Posten, qui avaient suscité des réactions passionnées. L'hebdomadaire satirique est poursuivi pour deux de ces dix dessins, celui où le prophète accueille les terroristes au paradis en disant "stop, nous n'avons plus de vierges" et celui qui montre le prophète avec un turban en forme de bombe. François Hollande et François Bayrou font partie des témoins cités par Charlie Hebdo.
Provocation
De son côté, Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, et président du Conseil Français du Culte Musulman, estime que les caricatures du prophète Mahomet constituent "un véritable délit d'expression de la haine raciale". Interrogé sur le fait de porter plainte contre Charlie Hebdo et pas contre France Soir qui avait également publié les caricatures, Dalil Boubakeur a répondu que France Soir était "dans sa mission d'information normale" alors que Charlie Hebdo était "dans la provocation". L'avocat de la mosquée, Me Spizner, a souligné qu'"en ne contestant que deux des dix caricatures, on admet qu'on peut caricaturer le Prophète et que donc on n'est pas hostile à la liberté d'expression".
Source : Nouvel Observateur du 7 février


