Soutenons Charlie Hebdo

Suite au procès intenté par des intégristes musulmans (précédés par des intégristes chrétiens), nous avons décidé de mettre en place plusieurs blogs pour soutenir le journal, rappeller quelques vérités qui fâchent, mais aussi essayer de résister localement

14 février 2007

Devant la salle d'audience : la République (par Pascal Hilout)

respublica_headerLe procès intenté à Charlie Hebdo a été une formidable occasion de prendre le pouls de la citoyenneté française. Malgré la pluie glaciale, il y avait foule devant le Palais de justice à Paris. Une heure d'avance suffisait à peine pour avoir une petite chance d'accéder à la salle d'audience en ce mémorable mercredi 7 février 2007, jour d'ouverture du procès. Journalistes, photographes et cameramen se bousculaient et se mêlaient aux représentants de la Grande Mosquée de Paris, des autres parties civiles mais aussi au peuple français dans toute sa diversité. Ce maelström humain auquel je me suis joint est le bon endroit où les rires fusaient et le débat chauffait l'atmosphère dès les grilles du Palais de Justice. En arrivant juste derrière M. Heneghan, spécialiste des religions à l'agence Reuters, je ne pouvais pas mieux tomber. Il discutait avec des homologues en anglais et il riait tous juste derrière une délégation où j'ai reconnu M. Zekri de la mosquée de Paris (MP). Pour entrer dans le vif du sujet, je lance à notre journaliste anglais dont je connaissais l'humour : " Devant un musulman, comme moi, il est interdit de rire, Monsieur Heneghan ! ". L'effet fut immédiat et les fronts immédiatement constitués avant même les formalités des fouilles. Le représentant de la Mosquée de Paris avait mordu à l'hameçon et nous a rappelé avec force l'offense faite aux musulmans par Charlie Hebdo. C'était l'occasion de " féliciter " la MP d'avoir emboîté le pas à l'UOIF et de lui rappeler, qu'il y avait tout de même bien des musulmans qui soutenaient Charlie Hebdo et que nous musulmans nous savions aussi rire de notre bêtise bien humaine.

Quelle ne fut notre surprise devant la XVIIe chambre ! Une barricade était dressée pour retenir une foule impatiente et bruyante. Les journalistes étaient légion et nous faisions pâle figure de retardataires. La priorité ayant été donnée à la presse, le reste des places pouvait à peine satisfaire le quart de la demande présente à ce moment. Les laissés pour compte emplissaient alors tout le hall et dénonçaient l'injustice qui privaient les citoyens de suivre les débats.

Les débats durant le procès ayant été suffisamment relatés par divers journaux, il serait plus intéressant de s'attarder aux micros débats qui se sont déroulé devant la salle d'audience.

La protestation véhémente des citoyens frustrés était encore plus violente le jour suivant puisque la salle et le hall étaient combles dès 13h, soit une heure avant le début du procès. Autant les débats étaient relativement calmes le mardi, autant le mercredi après-midi était bien animé. L'arrivée de Philippe Val et des témoins en sa faveur était chaleureusement applaudie alors que les deux représentants de l'UOIF (son président Thami Breze et le secrétaire général Fouad Alaoui) étaient hués.

Mais ce procès n'a pas attiré que les nombreux défenseurs de Charlie Hebdo, il y avait aussi quelques barbus et voilés, des convertis qui se croyaient obligés d'arborer une djellaba comme mon père pour être musulmans et d'autres musulmans qui défendait l'avis de l'UOIF et de la MP tout en étant habillés comme tout le monde.

Après la distribution de mon texte de soutien que Charlie Habdo avait publié la veille du procès, j'ai été sollicité pour entrer dans des débats le plus souvent amicaux et encourageants mais aussi contradictoires. Ainsi, un Monsieur d'un certain âge est venu tout simplement me rendre mon papier en me signifiant en Arabe que je pouvais me torcher avec. Avec un grand sourire, je lui ai dit " Merci ! ". Il est reparti discuter avec son petit groupe et il est revenu me voir quelques minutes après. Tout en me qualifiant de non musulman, il désirait visiblement entendre l'explication de mon attitude favorable à Charlie Hebdo. Après quelques échanges fermes mais courtois nous sommes arrivés à la conclusion que nos positions étaient inconciliables tout en étant d'accord que, pour moi, la dignité humaine était sacrée pas les religions. Quelle émotion de voir ce grand gaillard, armé d'un grand parapluie, me faire par deux fois ses excuses puis d'accepter la bise de réconciliation. L'incompréhension autour de nous était palpable. J'ai du expliquer qu'on venait de rejouer l'expérience de Charlie Hebdo. A l'occasion de ce qui pourrait être ressenti comme une offense, on peut entrer en dialogue franc et sincère, constater nos différences fondamentales puis se respecter le plus honnêtement du monde.

Nos positions de démocrates sont inconciliables avec celles des musulmans classiques (ce ne dis pas islamistes) tant qu'ils n'acceptent pas la critique du Coran et de Mahomet. C'est en affirmant clairement ce principe sans reculer d'un pouce que nous pouvons forcer le respect sans pour autant tomber dans le piège de la provocation, de la peur ou de la paranoïa

Et puisqu'il s'agissait de caricatures, j'en ai vécu une autre tout à fait mémorable. Il y avait là deux jeunes convertis qui ne pouvaient afficher leur islamité qu'à l'aide d'une djellaba que mon aurait père pu leur prêter. Face à ces deux jeunes, je me suis retrouvé dans la situation burlesque du Français de couleur qui a un accent bien parisien, auquel Michel Leb apprend à parler français à l'Africaine !

C'était donc nos deux jeunes convertis qui m'expliquaient qu'Allah exigeait de nous un respect total à Mahomet et que c'est cette Vérité qu'ils étaient venus défendre. Mais ils n'arrivaient pas à admettre la contradiction qu'il y avait entre leur droit de changer de foi comme bon leur semblait et que moi le né-musulman, je risquais ma vie si l'envie me prenait de faire une autre expérience spirituelle.

Il y avait aussi un groupe d'écoliers qui étaient venus visiter le Palais de Justice mais qui ne voulaient pas repartir avant de discuter avec Caroline Fourest qui animait des cercles de discussions républicains devant la salle d'audience.

Et là, je dois avouer que c'était moi qui avais reçu une grande leçon d'une jeune adolescente. Elle m'a vu expliquer à une jeune voilée que ce n'étais pas son voile qui me gênait mais plutôt ce qu'il signifiait : pas de piscine avec ses camarades de classe, pas de sorties mixtes ...

Visiblement, mon argument mettait la jeune voilée mal à l'aise et c'est une jeune adolescente non voilée, qui n'appartenait même pas au même groupe qui m'a fait la leçon en expliquant qu'il fallait accepter le choix de cette jeune fille et que sa notion de pudeur avait aussi sa place dans une société tolérante.

Cette générosité juvénile et débordante m'a confirmé dans l'idée que la République, avec toutes ses nuances, était présente devant la salle d'audience. Grâce à Charlie Hebdo ce petit monde discutait ferme sans se taper sur la tête.

Pascal Hilout


Source : Respublica n°511

Posté par charliehebdo à 18:38 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]


09 février 2007

Du procès de Charlie aux journées des 10 et 11 février (par Simon Blumental)

"Le terrorisme consiste à vouloir prendre le pouvoir au nom de Dieu. Il s'agit là, à mon avis, de l'expression la plus aboutie du cléricalisme.", Louis-Marie Horeau - journaliste au Canard Enchainé (Nouvel-Obs du 7 février)

C'est par ces mots que se termine l'interview recueillie, pour le Nouvel Obs par Chiara Kenzo.

charlie_hebdo_haut_couvIls illustrent parfaitement les combats, le nôtre, que mènent à travers le monde ces femmes et ces hommes qui résistent dans les pires conditions dans tous les pays ou l'intégrisme islamiste impose ou tente d'imposer sa vision obscurantiste et totalitaire de la société. Voilà, pour ne citer que cet exemple, si proche de nous, parmi tant d'autres, ce qui a provoqué les massacres, les égorgements, la terreur qui ont coûté la vie à 120 à 150.000 Algériennes et Algériens, de tous âges, au cours de la décennie noire.

Ceux qui ont intenté le procès contre Charlie Hebdo veulent, sans aucun doute, faire oublier les têtes coupées des sept moines de Thibhirine, les attentats en France, le détournement de l'Airbus, les fetwas de mort (proclamées ouvertement ou non !). Les attentats et les bombes humaines dirigées volontairement contre les populations civiles pour terroriser. Et cela partout à travers le monde, par des fous furieux qui ne pensent qu'à dépasser les horreurs du nazisme et qui proclament ouvertement et cyniquement leur volonté d'asservir l'univers. Au milieu de nombreuses autres, la tragédie irakienne voit s'affronter, au nom d'un même dieu !!!, sunnites et chiites pour se disputer l'hégémonie en vue non seulement du pouvoir en Irak, mais évidemment sur l'ensemble des musulmans de la "oumma" internationale. Plus de 3000 morts civils, par mois, voilà ce que coûte, aux populations musulmanes ces attentats "fratricides". Alors, les caricatures...

C'est naturellement dans ce contexte que nous situons la Rencontre laïque internationale qui se tiendra, samedi et dimanche, les 10 et 11 février, dans la grande salle de la Mairie de Montreuil, avec la participation d'un nombre impressionnant de personnalités, prélude à une mobilisation de tous ceux, qui à travers la planète, ont la volonté de résister, de faire front contre les menaces de tous ordres qui se manifestent.

A la haine et à la terreur, nous opposons l'amitié entre les peuples et la fraternité. Au totalitarisme et à l'obscurantisme nous opposons la liberté de conscience et la liberté d'expression. A l'asservissement des femmes nous opposons les droits de la femme et l'égalité des droits pour toutes et tous partout. Aux racismes, aux communautarismes, aux exclusions nous opposons la lutte contre toutes les discriminations. C'est cela notre conception de la laïcité.

C'est un combat de longue haleine, dans le contexte actuel, mais il est déjà engagé un peu partout dans le monde, il s'agit de le renforcer et de l'étendre par un soutien mutuel, dans le respect des choix et des conditions de chacun.

Simon Blumental


Source : Respublica n°510

Posté par charliehebdo à 18:07 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Bayrou le «croyant» soutient «Charlie» au nom de la liberté d'expression

Dirigeant de journal, le président de l'UDF n'aurait publié les caricatures de Mahomet, mais il est venu jeudi au tribunal à la rescousse de l'hebdomadaire satirique poursuivi pour la Grande mosquée de Paris et des associations islamiques.

francoisbayrouEt puis ce fut Bayrou. A son tour, le président de l’UDF a exprimé jeudi son soutien à Charlie Hebdo, poursuivi pour la publication en février 2006 de trois dessins de Mahomet jugés racistes par des organisations musulmanes. «Je suis croyant, j’ai un attachement pour les religions et si j’avais été directeur d’un de ces journaux, je n’aurais pas publié (ces dessins). Mais au-dessus de cela, il y a le pilier central de nos sociétés qui est la liberté d’expression», a dit à la barre le candidat à la présidentielle. «Bien sûr, ces expressions sont vigoureuses, acides, caustiques, mais est-ce qu’elles portent atteinte aux fondements de la foi? Je ne le crois pas», a-t-il ajouté.

La veille, le candidat UMP à l’Elysée Nicolas Sarkozy et le premier secrétaire du PS François Hollande avaient exprimé un point de vue similaire, respectivement dans une lettre lue à l’audience et à la barre du tribunal. Philippe Val est poursuivi par la Grande mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale pour «injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion», accusation passible en théorie de six mois de prison et 22500 euros d’amende.

Plusieurs autres témoins ont également apporté leur soutien jeudi à l’hebdomadaire satirique, notamment le cinéaste Claude Lanzmann et le journaliste Mohamed Sifaoui. Ce dernier a estimé que  les fondamentalistes musulmans et non les journaux occidentaux  avaient commencé à associer islam et violence dans leurs représentations. Mohamed Sifaoui a ainsi montré au tribunal le drapeau de l’Arabie saoudite, qui associe la phrase «il n’est de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète», pilier de l’islam, avec un sabre. Il a aussi montré l’emblème du GSPC (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), principal groupe armé de la guérilla algérienne: des versets du Coran associés avec deux Kalachnikov. «Les musulmans doivent d’abord s’élever contre ça», a lancé Moahmed Sifaoui en se tournant vers les avocats des organisations musulmanes plaignantes.

Dans la soirée, le parquet, qui n’est pas à l’origine des poursuites dans ce dossier, devait prendre ses réquisitions, avant que le jugement soit mis en délibéré. La position du substitut Anne de Fontette était très attendue, dans la mesure où le président Jacques Chirac avait en 2006 condamné une «provocation manifeste» de Charlie Hebdo, susceptible à ses yeux d’«attiser les passions».


Source : Libération du 9 février 2007

Posté par charliehebdo à 17:48 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Du procès de «Charlie» à celui de l'intégrisme

Comment les associations accusatrices se sont retrouvées, au fur et à mesure du procès, dans la positions d'«accusées». La procureure a requis la relaxe.

Par Christophe BOLTANSKI, Didier ARNAUD, Renaud LECADRE

haut_couv_liberationMercredi, 9 heures Comme dans une pièce de Shakespeare, le procès intenté à Charlie Hebdo débute par un intermède comique. Avant d'aborder le fond de l'affaire, il s'agit d'examiner la recevabilité des plaintes déposées par des «clowns», comme les appelle un avocat, de ces «habitués des tribunaux» qui engagent des procédures par jeu ou désir de publicité. Germain Gaiffe est l'un d'eux. Il s'extrait régulièrement de la maison d'arrêt où il purge une peine de trente ans de réclusion en se constituant partie civile. Presque un personnage de Charlie avec son physique à la professeur Choron. Il déclare parler au nom de ses compagnons détenus choqués par des caricatures qu'ils n'ont jamais vues, l'hebdomadaire satirique n'étant pas consultable en prison.

A 10 heures, commence l'interrogatoire de Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo. Ses dessinateurs, Cabu, Tignous, Riss, Catherine, etc., se tiennent en embuscade avec leurs crayons. Ses avocats ont mobilisé une armée de témoins prestigieux. Bien décidé à transformer ce procès en un combat de la Raison contre les Ténèbres, le prévenu se fait accusateur. Il invoque Spinoza, Descartes. En reproduisant ces illustrations, il voulait manifester sa «solidarité» avec le directeur de France Soir, qui venait d'être limogé pour avoir commis ce même pêché, mais aussi lutter contre l'intégrisme. «L'islam politique est pour moi quelque chose qui doit être critiqué.» Si les caricatures «avaient été porteuses de la moindre idée raciste, nous ne les aurions pas publiées». Et il s'énerve contre Salah Djemai, avocat de la Ligue islamique mondiale, bras armé de l'Arabie Saoudite, qui l'accuse d'avoir soufflé sur la braise : «Le feu, il a pris depuis bien longtemps», s'exclame-t-il, citant les attentats du 11 Septembre, Bali, Madrid, Londres.

11 h 15 Lhaj Thami Breze, président de l'Union des organisations islamiques (UOIF), ne fait qu'une lecture du dessin représentant Mahomet coiffé d'une bombe : «C'est que le Prophète enseigne le terrorisme à tous les musulmans.» «Est-ce que ça vous choque lorsque Ben Laden ou Zawahiri invoquent l'action du Prophète pour justifier le terrorisme ?» lui demande Me Kiejman . Puis, Lhaj Thami Breze se tourne vers le directeur de Charlie : «Monsieur Val, vous nous avez agressés. On ne fait pas des procès tous les jours, mais vous avez agressé les musulmans. Nous ne condamnons pas la liberté d'expression, mais ses dérapages.»

11 h 30 Le philosophe et poète franco-tunisien AbdelWahab Meddeb dit avoir ri aux éclats en voyant la une de Charlie : un dessin de Cabu montrant un Prophète «débordé par les intégristes» qui se lamente : «C'est dur d'être aimé par des cons.» «Cela correspond très exactement à ma pensée», lâche ce penseur, qui s'efforce de restituer à l'islam sa «polyphonie» ancestrale. En revanche, il avoue trouver «problématique» la caricature du turban et de la bombe. «Est-elle outrageante ?» lui demande Me Kiejman. «Franchement, elle peut l'être pour certains.» Cette image renvoie, selon lui, à une vieille représentation chrétienne d'un Prophète «belliqueux et concupiscent». «C'est une histoire millénaire, rappelle-t-il. L'Europe a été construite sur un principe islamophobe. Mais est-ce que vous allez censurer la Divine Comédie de Dante où l'islamophobie est flagrante ?»

Midi Georges Kiejman, défenseur du journal, prend un malin plaisir à lire une lettre qu'il vient de recevoir : «Je tiens à apporter clairement mon soutien à votre journal, qui exprime une vieille tradition française, celle de la satire. [...]Je puis tout à fait comprendre que certains dessins incriminés aient pu heurter les convictions religieuses de certains de nos concitoyens musulmans, [...] pour autant, je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature.» L'avocat, ex-ministre de Mitterrand, conclut d'une voix triomphale : «C'est signé Nicolas Sarkozy.»

12 h 30 Face à la douzaine d'intellectuels, de journalistes, de politiques mobilisés par Charlie, la partie civile, en l'occurrence la Ligue islamique mondiale, ne cite qu'un témoin. Le père Michel Lelong, prêtre catholique : «Je trouve regrettable qu'un journal a cru bon de rallumer cette querelle», déclare ce vieux routier des amitiés franco-arabes. Mauvaise pioche. L'homme a soutenu par le passé Garaudy, négationniste, ainsi qu'Al-Manar, la télévision du Hezbollah interdite par le CSA à cause d'un programme antisémite.

14 h 15 Fleming Rose, le rédacteur en chef des pages culturelles du Jyllands-Posten , raconte comment toute l'affaire a débuté. C'est lui qui a commandé ces dessins de Mahomet. Il présente son quotidien comme de «centre droit» et le compare «au Figaro». Aucun illustrateur ne voulait participer à un livre sur le Prophète «par peur de connaître le sort de Theo Van Gogh», assassiné en Hollande «après avoir fait un film sur les femmes en islam». Le journaliste danois rappelle que les plaintes déposées au Danemark par onze associations musulmanes ont toutes été déboutées.

16 heures après Sarkozy, François Hollande est le deuxième homme politique à voler au secours de Charlie Hebdo . «La République indivisible n'a pas fait ce qu'elle devait faire par rapport à la pratique musulmane, reconnaît-il, mais on ne peut pas au nom d'une frustration légitime mettre en cause la liberté d'expression. Ce serait un comble que ce soit à Charlie Hebdo de réparer les défaillances de l'Etat . »

17 h 50 la féministe Elisabeth Badinter va plus loin : «Si Charlie Hebdo est condamné, c'est le silence qui s'abattra sur nous [...], parce qu'on aura peur. Si la justice ne nous aide pas à pouvoir parler, c'est très grave.»

18 heures Denis Jeambar, ex-directeur de l'Express, réserve de son côté une surprise : «J'avais pris la décision de publier ces caricatures [...]. En février 2006, un mardi soir, vers 21 h 40, j'ai été contacté par un actionnaire. Il m'a demandé : "Allez-vous publier les caricatures ?" Je lui ai répondu : "Naturellement." "Il faut arrêter tout ça", m'a-t-il dit. Je lui ai indiqué qu'il aurait à en assumer les conséquences : ma démission et les pertes entraînées par la non-parution du journal.» Un avocat lui demande l'identité de cet actionnaire. Réponse : «M. Serge Dassault.»

JEUDI 14 heures Une clameur s'élève à l'extérieur de la 17e chambre. Philippe Val fait son entrée sous les applaudissements de la foule massée dans le hall du palais de Justice. «Sarko ! Sarko !» lui lancent quelques musulmans en référence à son nouvel allié. «Je suis institutrice à Clichy-sous-Bois. Je vis au coeur des problèmes», déclare l'air entendu une femme venue «soutenir Charlie Hebdo » . «Et la liberté d'expression» , s'empresse-t-elle d'ajouter. Sa voisine, voilée et fonctionnaire, dit défendre les «valeurs républicaines, mais comment voulez-vous que j'accepte le messager de Dieu avec une bombe sur la tête !».

14 h 30 Avec l'arrivée de François Bayrou, le journal peut se prévaloir de l'appui quasi unanime de la classe politique. Le candidat de l'UDF se présente comme «un croyant» et souligne son «empathie pour les sensibilités des croyants» . Pour autant, «la liberté d'expression ne doit pas être mise en cause, même dans le domaine des religions». S'il avait été rédacteur en chef d'un journal, il n'aurait pas publié ces dessins. Mais, il n'y voit pas «une offense lourde en direction de la communauté musulmane».

14 h 50 le journaliste algérien, Mohammed Sifaoui exhibe à la barre le drapeau de l'Arabie Saoudite, qui arbore la profession de foi et le cimeterre, puis une affiche du GSPC algérien qui mêle une kalachnikov et un verset religieux. «Cette association de la violence et du texte coranique n'est pas faite par les Danois», souligne-t-il, mais par les intégristes. «Les wahabistes, salafistes ou Frères musulmans» . «L'amalgame dont on parle, et dont je souffre au quotidien, entre terrorisme et islam, a été créé par des musulmans», déclare cet homme qui vit exilé à Paris.

15 h 30 Daniel Leconte, producteur, réalisateur, revient quant à lui sur le sondage, publié il y a un an, donnant une majorité de Français hostile à la publication des caricatures. «J'y vois le score de la peur . » Et Jacques Chirac qui dénonce une «provocation» ? «C'est une façon de ne pas désespérer le 9-3, comme à une certaine époque, on ne voulait pas dire du mal de Staline pour ne pas désespérer Billancourt.»

16 h 40 Dans sa plaidoirie, maître Christophe Bigot, avocat de la mosquée de Paris et grand spécialiste du droit de la presse, souligne qu'il «ne s'agit en aucune manière d'un débat de censure, mais d'un débat de responsabilité». Il récuse l'accusation «grotesque» de vouloir «faire resurgir le délit de blasphème» . Charlie Hebdo s'est rendu coupable à ses yeux «d'un acte délibéré avec la conscience de faire du mal». Les dessins incriminés «visent à provoquer la peur des musulmans dans la société».

17 h 40 Me Francis Spziner, dans sa fronde contre Charlie Hebdo , enrôle... Libération : Dans le journal «de Joffrin et Rothschild, pas celui de Sartre et July, j'ai lu que ces dessins ne posent pas problème. Serge July, qui n'est pas un gaulliste monothéiste comme moi, avait refusé d'en publier un susceptible de criminaliser les musulmans. Il en avait parlé avant publication avec Philippe Val, qui savait donc que cela posait problème. Le crime est dans l'oeil de celui qui regarde ces caricatures, dans l'oeil de Dalil Boubaker, le mien et celui de Serge July.»

18 h 15 La procureure, Anne de Fontette, refuse de suivre la partie civile : «Il faut rappeler que Charlie Hebdo est un journal d'une nature particulière dont la tradition anarcho-libertaire est profondément anticléricale, la religion catholique étant la première à en subir les conséquences. La caricature ne prétend pas informer ou décrire la réalité, mais donner une opinion. Une presse démocratique doit-elle s'interdire ou être interdite de critiquer une religion ? Il est temps de faire du droit. La Cour européenne des droits de l'homme a statué dans une autre affaire que "la critique certes acide n'insulte pas l'ensemble des croyants, même si ces derniers peuvent se sentir offusqués" . Conclusion : "Les éléments constitutifs des poursuites ne sont pas réunis." Applaudissements dans la salle. Le président reprend : «Ici, ce n'est pas comme à l'église, on n'applaudit pas.» Jugement le 15 mars.


Source : Libération du 9 février 2007

Posté par charliehebdo à 17:44 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]

«Charlie Hebdo» bien seul au tribunal

Aucun des plaignants n'était présent au premier jour du procès intenté contre l'hebdomadaire. «Charlie Hebdo» est poursuivi pour injure, suite à la publication de caricatures de Mahomet.

Par Fabrice ROUSSELOT

070208123401Les plaignants ne sont pas venus. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la Grande mosquée de Paris et la Ligue islamique mondiale, qui poursuivent «Charlie Hebdo» dans l’affaire des caricatures de Mahomet, n’étaient pas présents mercredi matin à Paris pour l’ouverture du procès.

Les organisations musulmanes ont décidé de porter plainte contre l’hebdomadaire satirique et son directeur de la publication Philippe val pour «injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion», après la publication en 2006 de trois dessins représentant le prophète Mahomet, dont deux avaient fait scandale dans la presse danoise (le troisième, signé Cabu, était en une de Charlie).

Mais mercredi, Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), ne s’est pas rendu au tribunal où il s’est fait représenter par son avocat Francis Szpiner. Les deux autres organisations étaient également représentées par leurs avocats. Celui de Charlie Hebdo, Georges Kiejman, a qualifié ces absences de «dérobade».

Se présentant en porte-drapeau de la liberté d’expression, le périodique avait repris en février 2006 certaines des caricatures de Mahomet publiées initialement en septembre 2005 dans le journal danois Jyllands-Posten. Il s’agissait selon Charlie, de répliquer à la vague de manifestations violentes et au boycott des produits industriels danois provoqués dans le monde musulman par des religieux qui jugeaient les dessins danois blasphématoires ou racistes.

Philippe Val, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, est en théorie passible de six mois de prison et de 22500 euros d’amende. Mais en cas de culpabilité, la jurisprudence limite en général les peines à des amendes. Devant le tribunal correctionnel de Paris, il a justifié la publication de caricatures : «Qu’est-ce qu’il reste au citoyen si on ne peut plus rire des terroristes? Si on ne peut pas en rire, on est foutu!» Longuement interrogé durant la première matinée de ce procès qui doit durer trois demi-journées, Philippe Val a affirmé : «En aucun cas, cela n’exprime du mépris à l’encontre des croyants d’une religion quelconque.» L’initiative de Charlie Hebdo avait suscité une critique du président Chirac qui avait condamné une «provocation manifeste» susceptible à ses yeux «d’attiser dangereusement les passions».


Source : Libération du 9 février 2007

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08 février 2007

Relaxe requise Charlie Hebdo

Le procureur a jugé que "ce n'est pas la foi en l'Islam qui a été stigmatisée" par les caricatures de Mahomet publiées par l'hebdomadaire.

couvs_charlie_hebdoLes avocats de la Grande mosquée de Paris, qui poursuivent Charlie Hebdo pour avoir publié des caricatures du prophète, ont estimé jeudi que la revue satirique s'était rendue coupable d'injure raciale en assimilant les musulmans aux terroristes. Le ministère public a pour sa part requis la relaxe. Le jugement sera mis en délibéré à l'issue des plaidoiries de la défense.

Le procureur Anne de Fontette a jugé que "ce n'est pas la foi en l'Islam qui a été stigmatisée par ces caricatures. Ce n'est pas une attaque contre des convictions religieuses en tant que telles". Evoquant la caricature représentant une mèche allumée sortant d'un turban en forme de bombe, elle a expliqué: "Ce qui est mis en évidence dans cette caricature, ce n'est pas l'obscurantisme de la religion musulmane, son prosélytisme ou encore ses défauts, c'est la dénonciation de l'utilisation qu'en font les terroristes qui prétendent agir en son nom ou au nom du prophète (...) l'intégrisme politique, le djihad, le combat des terroristes".

Pour le ministère public, ce dessin "pourrait être considéré comme une atteinte au symbole religieux, mais alors c'est un blasphème, et il est aboli dans notre législation depuis la révolution française".

"Barbare"

"Il est grotesque de venir nous soutenir que les associations que nous représentons cherchent à faire rétablir un quelconque délit de blasphème", a plaidé pour sa part Me Christophe Bigot, l'un des deux avocats de la Grande mosquée de Paris. La stratégie de Charlie Hebdo a été, selon lui, de représenter ses clients comme des "citoyens qui veulent faire régresser la justice et faire retomber la France dans je ne sais quel pays barbare".

La Grande mosquée de Paris et l'Union des organisations islamistes de France (UOIF) poursuivent trois dessins publiés par Charlie Hebdo dans son numéro du 8 février 2006. Celui en "une", réalisé par Cabu, représentant, sous le titre "Mahomet débordé par les intégristes", un prophète soupirant: "c'est dur d'être aimé par des cons".

Le deuxième représente le prophète coiffé d'un turban sur lequel est inscrit le premier pilier de l'Islam (Il n'y a qu'un seul dieu et Mahomet est son prophète) d'où sort la mèche d'une bombe et le troisième, Mahomet sur un nuage accueillant des terroristes leur disant: "Arrêtez, arrêtez, nous n'avons plus de vierges".

Ces caricatures, pratiquant amalgame entre Islam et terrorisme, "constituent une expression outrageante par la définition d'une croyance dans un prophète terroriste", a soutenu Me Bigot. Son confrère, Me Francis Szpiner, a affirmé que ces "caricatures inacceptables véhiculent un message qui porte atteinte à la dignité des musulmans" en assimilant le musulman au terroriste. Un amalgame qui préfigure "les ratonnades" et le "délit de sale gueule".

Bayrou au créneau

Un peu plus tôt dans la journée, François Bayrou, président de l'UDF, cité comme témoin par la défense de Charlie Hebdo a considéré que ces dessins ne représentaient pas, à ses yeux, "une offense lourde en direction de la communauté musulmane". "Le pilier central de la société dans laquelle nous vivons, c'est la liberté d'expression. Elle nous protège tous, croyants, incroyants et agnostiques".

Le candidat à l'élection présidentielle n'a pas eu le sentiment que ces caricatures pratiquaient l'amalgame, tant dénoncé par les associations. Dans celle de Cabu, "il y a une manière d'épargner le prophète et de diriger les flèches vers ceux qui, en dérivant, trahissent son enseignement".

Et de réaffirmer avec force, comme l'on fait mercredi Nicolas Sarkozy, de façon épistolaire, et François Hollande à la barre, qu'il se rangerait "au côté de ceux qui refusent de porter atteinte à la liberté de critique et qui défendent la liberté d'être acide". Et ce, quelle que soit l'importance que prennent ses convictions religieuses dans sa vie.

Mohamed Sifaoui, journaliste, cité par la défense, a montré au tribunal le drapeau de l'Arabie saoudite sur lequel le premier pilier de l'Islam est accompagné d'un sabre. Ou celui du Groupement salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), un groupe terroriste, où des versets du Coran sont juxtaposés à des mitraillettes. "Les musulmans doivent d'abord s'élever contre ça", a-t-il dit.

Les débats se poursuivaient dans la soirée.


Source : Nouvel Observateur du 8 février 2007

Posté par charliehebdo à 20:27 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Caricatures: relaxe requise par le parquet pour Charlie Hebdo

Le parquet a requis la relaxe de Charlie Hebdo et de son directeur Philippe Val, jugés en correctionnelle à Paris pour la publication de trois dessins de Mahomet jugés racistes par des organisations musulmanes.

Le substitut du procureur Anne de Fontette a estimé que les caricatures relevaient de la liberté d'expression et ne s'en prenaient pas à la religion musulmane, mais à l'intégrisme.

Le jugement devait être mis en délibéré dans la nuit après les plaidoiries des avocats de Charlie Hebdo et Philippe Val.

Posté par charliehebdo à 19:46 - Journée d'audience - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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