jeuneafrique

par Mohamed TALBI Historien et penseur musulman tunisien

Je suis musulman pratiquant, et ici même je me suis déjà exprimé au sujet des caricatures du Prophète. J’y reviens à l’occasion du procès en cours [intenté par la Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamiques de France - UOIF - contre le journal Charlie Hebdo], pour dire que celui-ci n’aurait jamais dû avoir lieu. On ne doit jamais faire un procès à la liberté d’opinion et d’expression. Que les musulmans prennent garde qu’on n’étouffe un jour encore davantage leur liberté, déjà réduite à une peau de chagrin dans leurs pays, où on leur fait des procès d’opinion.

Et si l’on se mettait à appliquer le hukm al-ridda (la loi sur l’apostasie), combien de têtes mal pensantes faudrait-il trancher pour un sobriquet ?
Des sunnites tuent, dans les mosquées, en Irak, des chiites, et vice versa. Déjà des milliers de morts. Lesquels iront au paradis ? Lesquels iront en enfer ? Il faut poser la question aux oulémas salafistes. Ce sont eux qui ont fait de l’islam, religion de paix et de respect des droits de l’homme dans le Coran, une religion de terrorisme dans la charia. Le caricaturiste ne tue personne. Il dit, à sa manière, ce qu’il pense. Plume contre plume.


Source : Jeune Afrique