tariqramadan_hurlant"Le problème n'est pas la critique, mais parfois (…) les limites que l'on devrait respecter", déclare l'universitaire, invité des forums de nouvelobs.com, au sujet du procès intenté à Charlie Hebdo pour la publication de caricatures de Mahomet.

Tariq Ramadan, professeur d’islamologie (notamment à Londres) était l'invité des forums de nouvelobs.com le jeudi 8 février. Il a répondu aux questions des internautes sur le procès intenté à Charlie Hebdo pour la publication de caricatures de Mahomet.

Le droit à critiquer une religion "doit exister et être protégé", a répondu Tariq Ramadan sur nouvelobs.com. "Les religions et les fidèles de ces religions doivent l'accepter et vivre avec. Le problème n'est pas la critique, mais parfois les façons de mener ces critiques et les limites que l'on devrait respecter. Il faut éviter le racisme, et parfois la vulgarité. Encore une fois, on a le droit, ce n'est pas illégal, d´être vulgaire et grossier... Ce n'est pas forcement intelligent et productif."

"Un acte citoyen"

"On peut être d'accord ou non avec le procès, mais c'est un acte de citoyen qui dénonce ce qu'il considère être un acte confinant au racisme. Je ne suis pas d´accord, mais je reconnais le bien fonde légal de la démarche", poursuit Tariq Ramadan, universitaire controversé accusé par certains intellectuels de tenir un double langage en prônant l'islamisme.

Tariq Ramadan a également souligné la "grande confusion" qui règne avec le procès fait à Charlie Hebdo, et notamment pour ce qui est de la séparation des pouvoirs : "Une justice sous pression médiatique, avec un ministre de l´Intérieur et des Cultes, qui intervient et donne son avis avant la conclusion des délibérés : tout cela est une menace pour la démocratie", a lancé l'universitaire, pour qui "Charlie Hebdo a déjà gagné ce procès sur le plan médiatique, symbolique et... financier."

"L´intégration religieuse est déjà acquise"

Alors qu'un internaute lui demandait si "les personnes qui insultent le plus votre religion sont ceux qui font le mal au nom d'Allah", et non pas les caricaturistes, Tariq Ramadan a répondu :"Je pense en effet que ceux qui font le plus de mal à l'islam aujourd´hui... c´est nous, les musulmans".

Interrogé sur la place de l'islam en France et sur l'articulation entre islam et laïcité, l'universitaire a souligné que "des millions de musulmanes et de musulmans vous prouvent tous les jours qu'ils vivent bien dans les sociétés sécularisées et en France. L´intégration religieuse et culturelle est déjà acquise. (…) Le problème aujourd´hui est social : égalité de traitements, emploi, habitat et réalité du racisme structurel qui gangrène la France. Il faut regarder ces problèmes en face et ne pas les ethniciser ou les islamiser."


Source : Nouvel Observateur du 8 février 2007


Lire l'article de Caroline Fourest sur ProChoix «Tariq Ramadan au FSE d'Athènes : le bide du conseiller islamiste de Blair».

Caroline Fourest y analyse les prises de positions de Tariq Ramadan à propos de la liberté d'expression suite à l'intervention de ce dernier au cours d'un débat intitulé « Contre l’islamophobie et le choc des civilisations : le cas des dessins danois ».