affairedescaricaturesPeu de médias ont envie d'en parler, pour ne "pas mettre de l'huile sur le feu"... Et pourtant le premier livre à revenir enfin en détails sur les coulisses de l'"affaire des caricatures"* existe enfin. Pour montrer qu'il ne craint pas les intimidations et qu'un musulman peut avoir de l'humour, Mohamed Sifaoui a même demandé à un dessinateur ami et musulman, Ramo, de dessiner le prophète en couverture. Avec cette bulle : " les premiers à insulter la religion musulmane sont ceux qui tuent au nom de l'Islam !".

L'enquête, elle, est signée Mohamed Sifaoui. Ce journaliste est connu pour mener des investigations malgré les risques et les procès d'intentions ou les rumeurs qu'il doit subir en permanence. Simplement parce qu'il est Algérien, musulman et croyant, mais viscéralement anti-islamistes. Donc vécu comme "traître" par certains.

"Si j'écris ce livre, ce n'est pas uniquement parce que je suis engagé contre les intégrismes — et il faut le dire — parce que cette affaire baigne dans la manipulation la plus grotesque" explique-t-il dans son livre. L'enquête a le mérite, en effet, de démontrer la somme de manipulations et de lâcheté à l'origine de cette hystérie collective.

D'abord au Danemark, où il a enquêté pour Envoyé Spécial et où il a filmé à leur insu les propos déments d'imams liés à la confrérie des Frères musulmans et à la Syrie à l'origine de toute l'affaire. Le rôle de l'ambassadrice d'Egypte dans sa volonté de mettre le feu et la récupération de l'Iran et de la Syrie est flagrante. On le savait, mais le livre nous fait vivre les coulisses de ce type de campagnes (appelées à se reproduire), comment et pourquoi certains personnages clefs aident à faire prendre la mayonnaise. A méditer pour l'avenir.

L'avenir, justement, n'est pas rose. Car le livre nous fait vivre aussi les coulisses du Jyllands-Posten, où la pression a refroidi les plus courageux. Celle du procès de Charlie hebdo à venir, où l'Elysée et le ministère de l'intérieur sont visiblement d'accord pour que ce procès serve à canaliser la colère des musulmans, à donner des gages, à servir d'exemple, bref à clamer les ardeurs de ceux qui pensaient bêtement que la France pouvait être le dernier endroit au monde où la liberté d'expression passé avant le respect des religions.

Caroline Fourest